Que m'importe, après tout, que courte soit la vie,
Puisque de ce séjour, je n'ai plus nulle envie
Et que, seuls, du Néant, me grisent les souris !
Qu'importe si les jours rapidement s'écoulent,
Qu'importe les espoirs, - illusions qui croulent,
Puisque mon coeur qui sèche est pavé de débris !
Je suis jeune et pourtant mon âme est si lassée
Qu'il me semble toucher la fin de la pensée
Et que mon corps est mort au milieu des vivants.
J'étais fort mais, à peine au seuil de l'existence,
Le malheur m'a dicté sa sinistre sentence
Et mon esprit vaincu reste ouvert à tous vents.
Adolescent vieilli, j'ignore les ivresses
Et les frissons émus, sous les douces caresses
D'un peu d'affection et de franche amitié
Enfant peu fortuné, dès ma venue au monde,
J'ai craqué sous les dents de la détresse immonde,
J'ai crié ma souffrance et nul n'en eut pité
La foule a clabaudé derrière mon passage
Et, méprisé de tous parce qu'étant trop sage,
Je me meurs à présent, dans un morne abandon
En proie, avant le terme, à la décrépitude
Je pourris dans le fond d'une aigre solitude,
Comme une larve morte au sein de son cocon...