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Gaby Libert avait 19 ans lorsqu'il a écrit ce poème. L''un des rares que j'ai pu retrouver à ce jour. Il a été publié dans l'Echo du IXè arrondissement de Paris le 9 août 1928. On disait de lui, à cette époque, et à propos de ce poème précisément : "Gaby Libert est sans doute un poète, mais un poète à sa façon ; entendez par là qu'il a une manière à lui d'introduire dans ses vers des hardiesses de style et des expressions d'une bizarrerie parfois déconcertante. Telle cette petite pièce inédite que nous publions ici. On y remparquera aussi, certes, des tournures un peu banales et quelques phrases obscures, mais avant d'en faire grief à l'auteur, peut-être est-il nécessaire de rappeler que ce poème fut écrit par lui à l'âge de 19 ans.
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Gaby Libert...poète inconnu ?
Bienvenue chez vous en Terre Adennaise
L'Obsession
Né le 12 octobre 1908 à Carignan (Ardennes), Gabriel Libert est décédé le 1er décembre 1929, à Claye-Souilly (Seine et Marne)
L'OBSESSION
J'étais seul, inconnu de tous sur cette terre ; J'étais seul, sans rancoeurs, sans désirs, résigné, Et suivais lentement le jardin solitaire Que le destin m'avait ici-bas désigné. Nul ne s'intéressait à mon humble existence; Pour moi, nulle amitié ne distillait son miel, Mais la philosophie était ma résistancde Et mes rêves naïfs n'allaient que vers le ciel. Qu'est-il donc de changé ? Quel démon me dépite ? Quel sentiment nouveau vient s'incruster en moi ? Et toi jadis tranquille, aujourd'hui qui palpite, Mon coeur dis-moi : Qui donc te cause tant d'émoi? Vers quel vague besoin veut s'élancer mon âme Et quel stérile espoir la tourmente aujourd'hui ? Quelle fièvre irritante, altère sous sa flamme, Mon corps plein de terreur et d'où le calme a fui ? Qu'est-ce donc que ce trouble et cette soif ardente que n'assouviraient pas les eaux d'un abreuvoir ? Et quel poison subtil mon halcine imprudente A-t-elle respiré, sans s'en apercevoir ? Voici trois jours, j'allais, buvant la matinée, Et j'arrivais, pensif, au désert carrefour, Quand, à côté de moi, mon oreille étonnée Entendit une voix qui murmurait : Bonjour ! Ce n'était qu'une femme, une femme polie, Don le salut distrait accompagnait ce voeu ; Mais, en lui répondant, je la vis si jolie Qu'un invisible éclair me brûla de son feu. Elle passa. Je la suivis d'un oeil avide Et, quand me la voila le tournant du chemin, Je découvris en moi comme un lugubre vide Et j'effrayai les cieux d'un soupir surhumain... O passante inconnue ! Etrangère perfide ! Jeune femme - démon ! - que je ne connais pas Vision d'un moment qui t'enfuit si rapide, Sans voir que mes regards se tournaient sur tes pas. Femme aux yeux scintillants, aux prunelles étranges, A la voix pure et douce, aux profils sculpturaux ! Pour être aussi parfaite es-tu la soeur des anges ? Quelle âme s'abritait sous tes charmes astraux ! Comme moi, n'es-tu pas, égarée en ce monde', Un esquif que la mer balotte, ivre d'azur, Et qu'ecoeura l'horreur de ce rivage immonde Où l'homme, échevelé, respire un vent impur ?
Ah ! si, traînant aussi le dégoût de la vie, Ton esprit en exil est épris de Beautés Et si, jetant aux cieux des regards peins d'envie, Tu tisse le linceul des espoirs regrettés ; Si tu n'a plus en toi qu'un caveau funéraire Qui s'érige, vieux temples, à la place du coeur, Si tu n'aimes personne..., alors, je suis ton frère ! Je suis la barde blème et je t'aime, ô ma soeur ! Mais n'es-tu pas, plutôt, une femme normale Dont le fluidique attrait, frappe sur tes sillons, Les tristes coeurs bavant leur douleur lacrymale ! ... O phare qui fascine un flot de papillons ! N'es-tu pas, créature assassine et fatale, L'être que, dans un jour de ruse, Lucifer Fit rouler parmi nous en lui disant : Etale Sur ce peuple grouillant les maux de mon Enfer ? Nes-tu pas une femme, enfin, ange hypocrite Qui se rit du poète et raille les douleurs ? N'es-tu de celles-là dont la main émérite Verse en sa coupe ardente un nectar fait de pleurs ? J'avais pensé cela, seul sur la route blanche, Entre les trottoirs verts, garnis de peupliers, Et la brise embaumée, en tombant d'une branche, Venait rider ma peau de frissons singuliers. Mais quand le soir peupla la caampagne d'arômes Et lorsque dans ma case apparut le sommeil, L'imaginaton, aux sinistres fantômes, Sur ma couche allongea, l'erreur jusqu'au réveil. Depuis lors, tout au long de mes nuits, traversées D'épouvantes, d'horreurs ou de ravissements, Un imuable spectre occupe ma pensée Et bourre mon repos de cauchemars déments. Or, cette ombre qui vient s'infuser dans mes songes, C'est celle d'une femme, aux accents enchanteurs, Et mon rêve s'emplit de détails, (de mensonges !) De plis de vêtements et de baisers chanteurs !... Mais maintenant, qui me rendra ma quiétude Et la divine clef de mon oubli ? Quelqu'un Débarrassera-t-il ma vieille solitude De cette fiction au sourire importun ? GABY-LIBERT.
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