Gaby Libert poète inconnu
Courte Epitre
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Bienvenue chez vous en Terre Ardennaise
Vous me disiez, Hier, "Pourquoi donc, ô poète, Clames-tu sur un ton de sinistre prophète, De ces vers douloureux, dont le rythme fatal Evoque le tombeau, l'asile ou l'hôpital, De ces lugubres vers qui font qu'on croit relire Des quatrains que Gilbert forgea dans le délire ? Pourquoi toujours gémir ? Pourquoi toujours Pleurer ? Tes rêves ne sont-ils las de toujours errer Parmi le gouffre amer de la neurasthénie ? Ta tristesse, à quoi sert de la rendre infinie ? Ne pourrais-tu chanter, soulager ta rancoeur Et combler à la fin, l'abime de ton coeur ?..." A cette question, la réponse est aisée. Maître, comprenez-moi : si mon âme abusée Ne découvre, ici-bas, que des sujets de deuil, Si notre vie, enfin, me parait un cercueil, Puis-je réellement célébrer une ivresse Que ne partage pas mon immense détresse ? Puis-je faire en riant de joyeuses chansons Quand d'un tocsin, dans l'air, tourbillonnent les sons Et puis-je vous crier l'allegresse de vivre Lorsque les rameaux gris s'enferment dans le givre Et que je vois mourir, au revers des fossés, De blèmes vagabonds, vaincus et terrassés ? Puis-je encore admirer l'Amour et la famille Alors que l'adultère en tous endroits fourmille Et que des jeunes gens, dès leur quinzième hiver, Sur le front paternel braquent un revolver ? Puis-je m'extasier sur la saine justice, Lorsque la veulerie à tout instant s'y glisse ? Puis-je entonner un hymne à l'effort du labeur, Quand du moindre travail les humains ont la peur Et lorsque, pour remplir une propre sacoche Chacun de son voisin, cherche à vider la poche ? Hélas ! où trouve-t-on, ici-bas, la Beauté ? Où se cache, de grâce ! un peu de vérité ? Car, partout, je ne vois que trahisons haineuses, Que visages masqués et que foules hargneuses Qui, - cohortes de loups, - passent en clabaudant Puis bientôt, par instinct et le fiel les aidant, Montrent le bout des crocs, se déchirent entre-elles Et boivent goulûment le sang chaud des plus frêles. D'ailleurs, le sang commande et le crime, fait roi, Appesantit sur tout son implacable loi. Montrez-moi la vertu, la noblesse de l'âme ? Montrez-moi quels humains, n'encourent aucun blâme ? Au siècle où la folie impose ses élus. Ce qui me rend si triste et m'emplit d'amertume, Ce qui glisse des mots révoltés sous ma plume, C'est bien d'être contraint, moi qui rêve des cieux, A pétrir de mes pieds ce cloaque fangeux ; C'est de voir l'ouragan où je rêvais le calme, De trouver le sarcasme à l'endroit de la palme Et la couronne d'or, aux lieux qu'il incombait De pourvoir avant tout d'un solide gibet. Maître, comprenez-moi : si mes vers sont funèbres, C'est qu'alentours de nous je ne vois que ténèbres ; Ne faites point grief à mon austérité : Son auteur, voyez-vous, c'est la société. GABY-LIBERT
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Un poème de Gaby Libert destiné à M. G. Fabius de Champville, paru dans un journal parisien : "l'Echo du IXè Arrondissement, le 5 janvier 1928
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