INTRODUCTION DU JOURNAL L'ECHO DU IXè ARRONDISSEMENT de Paris en date du 9 décembre 1929 :
La Parque a d'un ciseau cruel arrêté l'essor d'une jeune existence qui promettait.
Gabriel Libert, poète encore adolescent, a été enlevé à l'affection des siens alors qu'il venait de faire oeuvre de solidarité en publiant dans "La Jeune Académie" dirigée par notre sympathique et actif confrère, M. Follereau, "Fécondité", d'une poétesse inconnue. Lui-même a dans l'Antologie de la "Jeune Académie" un certain nombre de pièces moins âpres que "Les Chiennes", où son talent s'affirmait, où son respect de la prosodie était évident, où ses jeunes ailes de barde inspiré, s'ouvraient au large vent de la superbe poésie.
Les obsèques ont eu lieu à Claye-Souilly, chez ses parents, au milieu d'une affluence considérable d'amis et d'admirateurs.
Notre Directeur, empêché, avait adressé la lettre suivante aux parents :
"Ce 4 décembre 1929.
C'est navré que je vous adresse ces lignes, puisque retenu par la grippe et des exigences auxquelles je ne puis me soustraire, il ne me sera pas possible d'être derrière la dépouille de notre regretté Gabriel, votre fils et frère.
Vous dire le chagrin que me cause sa mort ne m'est pas possible, les mots me manquent. Je le considérais comme un fils spirituel et tous ses progrès, comme tous ses succès, m'étaient des joies réelles.
C'était déjà quelqu'un, et il restait un espoir pour les lendemains à venir. Son talent s'armait, sa langue déjà très belle s'apurait, il aimait le français et savait en respecter les formes. Il eut été un des poètes que l'on admire, car, dans le monde littéraire, il gagnait chaque jour en considération, et les diplômes et les prix qu'il recevait quelques jours avant de mourir en sont un témoignage.
Pour moi, Gabriel Libert n'était pas qu'un employé, c'était un compagnon et un collaborateur dont j'espérais faire le chef de mon journal, "L'Echo du IXè, à un moment donné.
Sympathique, plaisant, la vie lui eu été douce.
Il le méritait, ayant souffert de la guerre à l'âge tendre où les souffrances altèrent la santé et ayant conquis par le spectacle inoubliable des ruines, une maturité d'esprit qui semblait le nimber de mélancolie.
Il n'est plus, la mort l'arrache au moment où s'ouvrait pour lui la carrière rêvée.
Inclinons-nous devant cette tombe tôt ouverte. Pleurons celui qui n'est plus et, surtout, saluons avec respect la douleur qui vous étreint, parents, comme elle étreint les amis qui connurent Gabriel Libert.
Pour ma part, je suis de tout coeur avec vous, et je vous promets que la mémoire de votre fils restera parmi nous comme le souvenir d'un être d'élite que la mort a fauché cruellement au moment même où il commençait à s'affirmer bellement comme littérateur et poète.
Croyez-moi votre très dévoué et tout attristé, qui vous prie d'agréer toutes mes condoléances émues.
G. FABIUS DE CHAMPVILLE"