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L'Hommage de Jeanne Mélin au poète Gabriel Libert
Bienvenue chez vous en Terre Ardennaise
Gaby Libert poète inconnu
  Au cimetière, Melle Jeanne Mélin, l'auteur de Jean ou à travers la misère et de Marcelline a prononcé le
  discours suivant et émouvant  sur la tombe de Gabriel Libert :
                                                       Chers amis,

  Nous sommes ici devant la tombe, prématurément ouverte d'un poète, mort à 21 ans.
  Mon cher petit Gabriel, nous nous inclinons avec émotion et avec respect devant ta dépouille mortelle.
  Un esprit pur et élevé habitait ce corps débile et fragile contre lequel ta vaillance et ton courage luttaient sans cesse !
  L'inspiration guidait ton cerveau et ta pensée, mais la raison guidait ta main et, sans relâche tu remettais le travail sur le métier, jamais satisfait...
  Disciple fidèle de Boileau, admirateur de Rimbaud notre poète ardennais, tu rêvais de le continuer !
 Sous l'oeil bienveillant et paternel du Maître Gustave Fabius de Champville, tu gagnais à ses côtés tes galons dans la vie journalistique et littéraire.
  Inopinément retenu à Paris, il m'a chargée de t'apporter ses regrets émus.
  N'as-tu pas eu avant de faire le grand voyage de l'au-delà, la satisfaction de recevoir un 1er prix médaille et 2 autres diplômes de prose et poésie ?
  Hélas, dans tes vers saisissants et magnifiques, tu as su exprimer la dualité d'un corps défaillant et usé avant l'âge avec un cerveau jeune et viril !
  Ta courte carrière restera cependant un exemple de vaillance et d'endurance aux jeunes qui te liront avec profit et un sujet d'admiration pour tes aînés.
  Non, tu n'es pas mort, oh ! poète, car tu laisses un bagage suffisant quoique allégé par la critique personnelle, détruisant malheureusement toi-même ce que tu considérais comme intérieur à ta pensée !
  Tu te faisais une gloire d'être un "primaire", fils de tes oeuvres et fils de modestes travailleurs.
  Tu osais l'affirmer hautement et, en cela, tu avais raison et je t'approuvais.
  Ton oeuvre est remplie d'amour du Peuple, ta jeune philosophie se penchait sans indulgence sur tes tares sociales, essayant d'en dégager de sévères leçons !
  Me tournant vers tes chers parents, je voudrais que la joie de t'avoir donné le jour leur soit une consolation suprême.
  Après les souffrances de la guerre endurée par ta pauvre mère et avec ton frère dans l'exil, laissent derrière vous le doux foyer de nos Ardennes ; après la dure captivité de ton père, éloigné cruellement de sa femme et de ses enfants, voici que s'ajoute une nouvelle douleur de te voir mourir après t'avoir vu continuellement souffrir !
  Le témoignage de sympathie que j'apporte au nom de tes amis puisse-t-il être un adoucissement à leur grande peine, au chagrin de ton frère, de ta belle-soeur, de toute ta famille qui te pleure en ces tristes jours d'automne.
  Je ne peux mieux faire, devant cette assistance recueillie, que de rapeler les vers que tu envoyais tout récemment à une feuille littéraire au moment de la chute des feuilles de la Nature que tu aimais avec tant de ferveur et de charme.
  Dors, enfant aimé des Muses, dors en paix, que ton âme ardente entre dans l'Eternité avec sérénité, car tu as eu le divin privilège de chanter sur cette terre la Beauté et la Fraternité.
  Au revoir mon cher petit, au revoir.
  Gabriel Libert, au nom de tes amis personnels, au nom des amis des Lettres, au nom des Ardennes ton pays d'origine, je te salue. Oh ! doux poète !
 
 
A la fin de ce discours d'adieu de Jeanne Mélin à Gabriel Libert, ces quelques lignes : "La douleur des parents était poignante et par cette triste journée on sentait que ce n'était pas seulement une famille éplorée qui était durement frappée, mais encore une collectivité à laquelle un espoir était brusquement arraché."
Pour me contacter :

Sophie Drozdowiez, qui s'est intéressée à la féministe et à la vie politique et sociale de l'époque, a réalisé un ouvrage : "Jeanne Mélin", que l'on peut se procurer
aux Editions Terres Ardennaises