Voilà sous les rayons du soleil qui rutile
Les ventres exhalant des sueurs de crapauds
Et l'air turbulent boit la bave volatile
Que laissent transpirer leurs légers oripaux !
Voici les corps hideux, les charognes putrides
Qui couvrent d'un long deuil les boulevards dorés !
Voilà le flot, crachant des puanteurs fétides,
ont l'horreur assombrit les azurs colorés !
Les Chiennes ! Les voilà !... O formes déhanchées,
Seins tordus et flétrits, prunelles sans regards,
Eczémas du visage et lèvres arrachées
Que ne peuvent voiler les doloris des fards !
Fouillis de tristes chairs dont le venin fermente !
Vases d'écoeurement où ne bout que le mal !
Femmes, Eves d'enfer, dont la raison démente
N'a plus pour conducteur l'instinct de l'animal !
Créatures sans nom ! Chiennes, chiennes farouches !
Que cherchez-vous au creux de l'ardente cité ?
Quelle ivresse faut-il à vos milliers de boches,
A vos gueules de feu suintant l'avidité ?
Quelle aumône faut-il à vos mains suppliantes ?
Quelle fièvre s'étale en vos traits cramoisis ?
Quelles pitiés, quelles pitiés humiliantes,
Réclame le concert de vos larynx moisis ?
Que faut-il à vos soifs incurables ?
Sous le simoun rageur qui déssèche vos peaux,
Que cherchez-vous ainsi, quêteuses misérables ?
Que cherchez-vous ainsi sans trêve ni repos ?
Aller porter ailleurs vos entrailles qui fument !
Allez, nous sommes las de vos accouplements !
Dégagez l'horizon radieux où s'allument
Les larges bleuités de nos clairs firmaments !
Nous sommes las de tout ce dont vous êtes fières :
De vos cheveux tordus, de vos visages laids,
De vos flancs, de vos reins, de vos colliers de pierres
Qui jettent dans nos nuits de sinistres reflets !
Nous sommes las, vous dis-je. O Femmes abhorrées,
Ralliez vos troupeaux et fuyez loin de nous !
Menez vers d'autres lieux et vers d'autres contrées
Vos sens dénaturés et vos délires fous !
Partez, partez bien vite et, sifflant sur vos traces,
Le vent boira les fiels que vous aurez laissés.
A vous, flux d'hystérie, à vous sordides races,
Le poète, debout et vengeur, crie : Assez !
Mais non ! Vous avez fait de Paris votre temple.
Votre royaume infect, votre lit, votre égout,
Et vous riez quand ce rêveur qui vous contemple
Pleure et clame ici-bas son immortel dégoût.
Et vous êtes chez vous ! Ce palais, ces théâtres,
Ces squares, ces jardins, ces ponts et ces parvis,
Tous ces joyaux, bâtis par les Opiniâtres,
Pour votre vil plaisir vous les avez ravis !
Ah ! si - spectres hagards - les pionniers sublimes,
Les constructeurs d'hier, par la mort embrassés,
Remontaient brusquement des macabres abîmes
Jusqu'en ces murs tremblants qu'ils nous avaient dressésn
Si s'accoudant, l'esprit envahi de tristesse,
Sur le haut parapet de la Tour-de-métaal,
Ils voyaient cette mer de a scélératesse
Rugir au-dessous d'eux comme un remous fatal.